Départ de Genève, pour un séjour de trois jours en famille cette fois-ci, et pas des moindres : direction Tromsø ! Nous voulions expérimenter le Grand Nord depuis de nombreuses années, et un passage par la capitale de l’Arctique (ou la Paris du Nord, selon les versions) nous semblait tout à fait adéquat.
Située à 350 km au-dessus du cercle polaire arctique, Tromsø est installée sur une île entourée de fjords et de montagnes. Contrairement à certaines images préconçues, ce n’est pas du tout un village isolé mais bien une véritable ville universitaire, avec restaurants, bars, musées, concerts et une vie nocturne assez active. Plongée dans la nuit polaire de fin novembre à mi-janvier environ, et éblouie par le soleil de minuit entre fin mai et fin juillet, la région permet de raconter deux visages fascinants de l’Arctique.
Outre son centre-ville dynamique et ses faubourgs tout droit sortis d’un film de Noël, Tromsø est surtout le point de départ de nombreuses excursions et activités outdoor. Entre treks dans les fjords enneigés, chasse aux aurores boréales et observation des cétacés, embarquez avec nous pour un séjour court mais intense au-delà du cercle polaire !
Jour 1 — Centre-ville et raquettes sur Kvaløya
Arrivés tardivement dans la capitale de l’Arctique, nous avons eu la chance d’apercevoir un peu plus tôt notre toute première aurore boréale depuis le hublot de l’avion. Être gâtés à ce point sans même avoir débarqué nous laisse un souvenir impérissable et annonce la couleur de cette parenthèse nordique. Nous arrivons bientôt à notre Airbnb, cocon charmant et confortable, taillé dans le style architectural local et situé à deux pas de l’hypercentre de Tromsø.
Le sommeil ne se fait pas attendre et après une bonne nuit de repos, nous partons dès le lendemain matin explorer le centre-ville. À neuf heures du matin en cette période de l’année, la nuit est encore bien installée et le dépaysement est au rendez-vous. Bien équipés, le froid est prenant (entre 0 et −5 degrés) sans être contraignant. Nous déambulons dans les rues encore peu animées à cette heure, et profitons de l’ambiance de Noël qui vient admirablement embellir le tableau. Les jolies façades en bois colorées du centre, exemples parfaits de l’architecture traditionnelle scandinave, côtoient les bâtiments néoclassiques du XIXᵉ siècle et les constructions contemporaines adaptées au climat arctique. Le tout donne un ensemble chaleureux et féerique, et nous sommes surpris du contraste entre cette ville aussi agréable et le paysage extrêmement sauvage qui l’entoure. Aux alentours de dix heures, nous assistons à un léger regain de luminosité, sans jamais voir poindre le moindre rayon de soleil.




Après une petite promenade sur le port, nous retrouvons au pied d’un des hôtels du centre les organisateurs de notre première excursion du séjour. Nous avions réservé en amont une randonnée en raquettes groupée sur Kvaløya, une des nombreuses îles de la Laponie norvégienne, située directement à l’ouest de celle de Tromsø. Trente bonnes minutes de route plus tard, nous sommes déposés au départ du trek, mené par Erik, un guide local extrêmement sympathique. Chaussés et équipés, notre équipe se lance à l’assaut de la colline menant à notre destination finale : le surplomb d’un des fjords de l’île. Le peu de luminosité de la mi-journée peine cependant à éclairer notre sentier. Alors à son apogée et combattant difficilement la nuit polaire, la lumière présente vers midi un mélange saisissant d’aube et de crépuscule.




Bien vite, nous nous rendons compte que les raquettes servent surtout à rassurer les moins habitués à la marche hivernale, et sont finalement peu utiles aux plus aguerris sur ce type de terrain. Pratiquement arrivés en haut de la crête, nous faisons une fantastique rencontre : un renne sauvage, couché à quelques dizaines de mètres de notre parcours, visiblement peu perturbé par le passage de notre groupe. Sûrement habitué au va-et-vient des touristes sur son territoire, nous restons tout de même à distance pour ne pas troubler sa tranquillité et poursuivons notre chemin après quelques minutes d’observation.

Discussions amicales avec Erik sur le trajet, accompagné de son chien. Nous atteignons finalement le point culminant de la randonnée, qui offre une vue spectaculaire sur le fjord. Le groupe, autorisé à explorer brièvement les environs en autonomie, rejoint rapidement le point de rendez-vous pour déguster le délicieux thé aux fruits rouges préparé par Erik, accompagné de gâteaux locaux. Après cette pause réconfortante, nous reprenons le chemin du retour. À 13 h, l’obscurité replonge rapidement et nous évoluons face à un superbe "coucher de soleil".


Après plusieurs minutes de marche, nous avons la merveilleuse surprise de retrouver notre ami renne, progressant lentement vers le groupe et décidé cette fois à venir nous saluer. La rencontre est magique : celui-ci évolue d’abord à deux ou trois mètres de nous pour nous jauger, puis tend finalement la tête pour quelques caresses et en profite pour prendre la pose. Le temps filant devant ce spectacle, nous nous rendons compte que la majorité du groupe est déjà repartie et décidons de clore ce moment mémorable pour ne pas se laisser distancer. Après des adieux à contrecœur à notre copain, nous rejoignons l’équipe au point de départ et reprenons rapidement la route vers Tromsø.


De retour en ville, deuxième phase d’exploration. À 14 h, la nuit noire a totalement envahi le paysage. Nous en profitons pour faire du lèche-vitrines et visiter les boutiques sans but précis. Nous tombons rapidement sur leur résident le plus célèbre : le fameux troll de Norvège, né des légendes que les locaux racontaient autrefois autour du feu.

Nous repassons par le port et contemplons Tromsdalen, la partie continentale et orientale de la ville coupée en deux par un bras de mer. Superbe vue sur le pont qui fait la jonction des deux quartiers et sur la cathédrale arctique au loin. Les bateaux de pêche et les auberges du bord de mer donnent à la ville une nouvelle dimension, plus brute et authentique.


Après une petite pause à l’Airbnb, nous repassons par les décors de Noël du centre et tombons sur le Raketten Bar & Pølse, présenté comme le plus petit bar du monde ! À la carte, bière bien fraîche et hot-dog à la viande de renne (qui est excellente !).



Nous terminons la journée par un excellent dîner au Maskinverkstedet, une ancienne usine ouverte en 1911 et récemment réhabilitée en restaurant. Du poisson aux fruits de mer en passant par le gibier local, l’endroit offre une expérience culinaire unique tout en préservant le charme de son décor industriel, retravaillé dans un style épuré et moderne. Très belle adresse si vous avez un budget repas confortable.

JOUR 2 — TROMSDALEN ET AURORES BORÉALES
Nouveau réveil à Tromsø. Nous décidons en fin de matinée de franchir à pied le pont observé la veille et d’aller explorer Tromsdalen, la branche plus résidentielle de la ville. Froid extrême sur le pont, mais nous avons droit à un beau panorama sur l’embouchure du bras de mer au sud de la ville. La fameuse cathédrale arctique se fait de plus en plus proche, et nous commençons l’exploration du quartier par cet édifice étonnant.



Construite en 1965 par l’architecte norvégien Jan Inge Hovig, elle se distingue par une succession de triangles modernistes qui évoquent les montagnes, les glaciers et les paysages enneigés de la Laponie norvégienne. Officiellement considérée comme une église paroissiale luthérienne, elle est à distinguer de la véritable cathédrale de Tromsø, située sur Tromsøya, la partie occidentale de la ville. À l’intérieur, nous découvrons un magnifique vitrail situé derrière l’autel, réalisé en 1972 par l’artiste Victor Sparre et représentant le retour du Christ. En été, lorsque les lumières sont vives, il baigne apparemment l’intérieur de couleurs particulièrement intenses.
Après nous être réchauffés un moment sur les bancs de l’église, nous retournons à notre déambulation. Dans cette ambiance de Noël, les rues de Tromsdalen scintillent de toutes les décorations et semblent tout droit sorties des derniers films de Noël de TF1. Nous prenons notre temps dans ce décor chaleureux et avons finalement l’idée d’emprunter le Fjellheisen, téléphérique local permettant d’atteindre la plateforme panoramique du mont Storsteinen. Ce dernier surplombe l’agglomération et offre une vue magnifique sur Tromsø. À notre arrivée au point de départ du téléphérique, la file d’attente est si dense que nous préférons remettre l’activité au lendemain. Pensez à réserver vos tickets en amont !




Retour vers Tromsøya : la luminosité ayant drastiquement baissé, la traversée du pont donne à voir une nouvelle palette de couleurs incroyables sur l’estuaire.

Après une halte repas au Yonas Pizzeria & Catering (fast-food classique mais nourrissant), nous sortons marcher sur la promenade du port et avons la chance d’apercevoir notre première aurore boréale du séjour (excepté celle depuis l’avion) ! Nous restons ici un moment à observer, conscients de notre chance d’assister à ce spectacle.

Cette aurore est de bon augure pour le reste de la journée, car nous avions justement réservé une excursion de chasse aux aurores en fin d’après-midi. Courte pause à l’Airbnb, puis nous repartons au point de rendez-vous de l’activité. Nous montons dans le minibus mis à disposition, et le tour commence pour rejoindre les meilleurs spots d’observation. Les organisateurs sont avertis en temps réel par des observateurs aux quatre coins de la région, et consultent régulièrement les radars météo pour nous garantir les meilleures vues possibles.

Nous n’avons pas à attendre longtemps : au bout de quinze minutes de route, nous faisons halte au bord d’un bras de mer et le spectacle commence. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises, cet avant-goût est effectivement loin de clôturer l'expérience. Remontée dans le minibus et deuxième arrêt sur un plateau non loin : le ciel joue de ses couleurs une fois de plus. Un photographe professionnel engagé par l'organisateur nous donne des conseils pour les réglages photos, et propose quelques clichés avec son appareil contre supplément.


Nous faisons un dernier détour par Kvaløya et nous arrêtons dans une vallée. Les aurores sont ici les plus visibles à l’œil nu, nous assistons même à leurs danses pour le bouquet final. Le spectacle est grandiose et restera bien évidemment gravé. Vers minuit, nous reprenons le chemin du retour et rentrons à notre logement, fatigués mais des étoiles (ici des aurores) plein les yeux. Celles-ci nous font même un dernier clin d’œil depuis la terrasse de l’Airbnb.




JOUR 3 — BALEINES ET FJELLHEISEN
Dernière journée en Laponie. Le réveil est matinal car nous avons choisi, pour clôturer le séjour, une excursion à la journée à la rencontre des baleines. Nous embarquons vers 9 h sur le MS Gabriele, un catamaran rapide, confortable et approuvé pour les conditions de haute mer. Le cap est mis au nord à travers les fjords, vers les terrains de chasse des cétacés qui s’y rassemblent pour chasser le hareng. Nous bénéficions, durant le trajet, d’explications passionnantes de la part des guides sur la faune marine et la région.
Nous tentons quelques incursions sur le pont pour admirer le défilé des îles alentour dans les meilleures conditions, mais le vent marin glacial nous pousse à nous retrancher régulièrement à l’intérieur. Prévoyez un très bon équipement (surtout de bonnes chaussures) et des gants adaptés aux écrans tactiles des téléphones si vous voulez prendre des photos sans y laisser des doigts. À l’instar des chasseurs d’aurores, l’équipage est renseigné par un réseau de marins qui signalent l’emplacement des baleines au jour le jour. Pas de rencontre notable en chemin, excepté l’apparition furtive d’un cachalot qui rejoint bien vite les profondeurs. Les paysages que nous avons pu voir sur le trajet sont toutefois magnifiques, et la balade vaut largement le détour en dehors de la faune.



Au bout de quelques heures de route, nous arrivons vers midi sur le territoire des orques et des baleines, enclavé par différentes îles. La longue attente durant le trajet est largement récompensée : nous assistons alors à un immense ballet regroupant plusieurs espèces en pleine partie de chasse, dont des orques, baleines à bosse, cachalots et rorquals : le spectacle est magnifique. Le catamaran reste à l’écart des animaux pour ne pas perturber leur rituel de chasse, mais ces derniers remontent régulièrement à la surface et nous ne manquons pas d’occasions de les observer, même de loin. Un groupe d’orques curieux vient même nous saluer à quelques mètres de l’embarcation.
L’heure que nous passons sur place file à toute vitesse, et nous repartons finalement à contrecœur vers Tromsø. Sur le chemin du retour, l’obscurité reprend rapidement ses droits : la ligne d’horizon se retrouve vite baignée des dernières lueurs du soleil fuyant. Sur le pont avant, la vitesse et le silence presque total donnent l’impression de voler. Nous terminons finalement le trajet dans le salon intérieur, usés par le vent et le froid de la journée.

De retour en ville, nous trouvons tout de même le courage de retourner au téléphérique pour profiter du point de vue sur Tromsø. L’expérience en valait la peine : arrivés en haut, nous nous attablons au café-restaurant à disposition des visiteurs et profitons du panorama, qui embrasse l’ensemble de la ville. Contrastant avec le noir total, les lumières urbaines s’apparentent à des îlots sur une mer d’encre.

Nous finissons par rejoindre le téléphérique et retournons à notre appartement pour notre dernière nuit à Tromsø. Le vol retour étant matinal, nous profitons du confort de notre cocon norvégien et clôturons sur cette note notre incroyable séjour.
Pour aller plus loin
Trois jours suffisent à toucher l’Arctique, pas à l’épuiser. Quatre prolongements s’imposent naturellement pour un séjour d’une semaine.



